bandeau titre Hotels Problemski

L'Histoire

Dans Hôtel Problemski, Dimitri Verhulst adopte le point de vue d’un clandestin pour nous entraîner dans l’univers d’un camp de demandeurs d’asile en Belgique, comme si nous en faisions partie.Le livre est construit en petits chapitres dans lesquels des scènes saisissantes, prises sur le vif, nous donnent à voir une réalité terrifiante : l’abomination, la pauvreté, la torture.L’auteur nous révèle ainsi l’existence quotidienne de ces hommes et femmes essayant de survivre dans des conditions extrêmes et nous ouvre les yeux sur l’horreur de l’exil.Ce qui fait la force de ce livre c’est l’humour. Si Dimitri Verhulst nous fait parfois rire, son ton est, la plupart du temps, ironique. Il fait preuve d’un cynisme extraordinairement naturel qui place le lecteur face aux affres de sa propre conscience, mais qui évite le misérabilisme et inspire une sympathie ou plutôt une empathie immédiate pour ses personnagesPour écrire ce livre, Dimitri Verhulst a vécu dans un camp de demandeur d’asile, comme il l’explique dans sa postface.Et ce qu’il nous montre est pour nous, Occidentaux nantis, une douche glacée salutaire.Extrait L'Humanité - écrivains d'Europe

Note d'intention

La lecture d’Hôtel Problemski a été pour moi un choc. Son ton en est aussi bien familier que direct, violent et tendre à la fois. Ce texte est écrit de façon tranchante et bienveillante. L’humour, le cynisme, l’attachement et le trouble se côtoient. Le politique, l’intime et la poésie y sont mêlés. Ce texte nous est adressé, ce qui le rend adaptable de façon évidente au théâtre.

L’auteur regarde la femme avec empathie, il arrive à décrire la position féminine en survie de façon juste, terrible et avec beaucoup d’admiration. Sur scène, il y a un personnage : une femme, qui se trouve être aussi le metteur en scène du spectacle. Elle est accompagnée par une joueuse de guitare électrique. La comédienne rend compte de sa lecture avec sa personnalité. Qu’une femme puisse dire ces mots permet un décalage à la violence des faits et renforce le côté féminin et féministe de l’auteur, il le met en lumière.

Dans Hôtel Problemski, le parti pris de « chapitres » de Dimitri Verhulst nous met dans une modernité et un hachage parallèlement à la situation des demandeurs d’asile. Chaque passage est comme une photographie et, paradoxalement, l’écriture nous crée de l’histoire et du lien. La mise en scène garde ce traitement en tableaux. Le passage de noir à lumière permet à la comédienne de passer de l’outrancier à l’identification en passant par un travail distancié.

La lumière fait partie intégrante de la scénographie du spectacle. Elle indique, sculpte, souligne, surligne ou efface les différents espaces. Le personnage féminin passe d’espace-temps en espace sur une même scène.

Martine Fontanille

 

Extrait

Mais, comme toujours et partout, vaut mieux ne pas fantasmer trop éperdument sur ce que tu pourras encore voir un jour pour de vrai. Des jolies femmes. L’Angleterre. De la neige. Les Africains se sentent floués, ils se faisaient une autre idée de la neige. Ils pensaient qu'on pouvait la saisir, en faire des boules, les jeter... à la grande hilarité des Tchétchènes de nouveau.

Ce n'était pas de la neige, ce matin-là. C'était du givre. Mais comment traduire ça ? Les Russes éructent quelques sons, grattent leur tête en brosse, mais n'ont pas la moindre idée pour expliquer, par gestes, à un Africain, ce qu'est le givre, d'où ça vient, pourquoi ce n'est pas de la neige, qui pour l'amour de Dieu l'a inventé et quelle pourrait en être la traduction dans leur dialecte de la jungle.

Du givre. Je voudrais que la traduction puisse être poésie ou quelque chose du genre. Mais je ne parviens pas à le dire. Pas un chien qui croirait possible la présence de poésie ici. Pas telle quelle. Et certainement pas sur ce petit carré d'herbe sous la corde à linge. La même putain de corde à linge avec laquelle Sedi voulait se pendre l'autre jour. Ça avait raté, de sorte qu'il s'était rendu ridicule aux yeux de beaucoup. Mais nous sommes des gens convenables et nous ne parlons pas de suicide, tout au plus parle-t-on de « se tirer.

Enfin, Sedi s'était presque tiré; chacun y pense plusieurs fois par jour, à se tirer.

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Equipe artistique

Mise en scène et adaptation Martine Fontanille
Assistante à la mise en scène Sylvaine Zaborowski
Assistante plateau Claire Touvenot

Avec

Martine Fontanille
Hélène Deulofeu (guitare électrique)

Equipe technique

Création lumière Jean-Pascal Pracht
Création décor Marcelle Godefroid
Création vidéo François Vivier
Création costumes Carole L'Hommedé
Régie François Vivier, Vincent Dubois

Spectacles en représentation